Épisode 2 : Mes vacances d’enfance à Ajaccio



Je ne suis pas historien, je ne vous parlerai donc pas de la naissance de Napoleon Bonaparte ni de son enfance rue Saint Charles à Ajaccio. Je peux en revanche vous parler de la mienne d’enfance dans la ville impériale. Entre l’âge de six et dix ans, je passais avec mes sœurs et mes parents les vacances chez mes grands-parents et ma tante dans leur appartement de la rue Fred Scamaroni. C’est avec mon grand-père que d’une certaine manière j’ai commencé mes travaux pratiques napoléoniens avant de renforcer quelques années plus tard ma curiosité par la lecture des fameux Cahiers du Capitane Coignet. De là où nous résidions, le Casone et la place d’Austerlitz n’était pas loin. La destination de notre promenade pédestre quotidienne était l’immense monument pyramidal surplombé d’une imposante statue de Napoleon contemplant la Ville. La main de mon grand-père me guidait autant que ses paroles, il me racontait comment le tout jeune Napoléon venait ici faire ses devoirs, dans une grotte aujourd’hui ouverte à des visiteurs volontiers enclins à croire les légendes de l’histoire, mais peu importe ce qui était réel ou pas, je l’imaginais, je le voyais même, seul, studieux, avec ses livres et ses cahiers.



Mon grand-père était un sage, un vrai gentil, humaniste et il parlait de cet empereur et de cette ville comme d’une double histoire d’amour personnelle. Il venait pourtant d’une région située au-delà des monts vers le nord, la terre de naissance de l’autre grand homme de la Corse, Pascal Paoli dont Charles Bonaparte, père de Napoléon, avait été, au XVIIIème siècle, un partisan acharné lors des guerres d’indépendances contre les Génois et plus tard en résistance à l’invasion française.

Il y avait un amour, un vrai de la part de mon grand-père pour cet homme qui avait pris son envol de cette petite île insignifiante que les grands d’Europe avaient durant un temps encensé pour finalement l’oublier dès son annexion par la France en 1769.



Je vis à Bastia, l’autre grande ville de la Corse et un bastiais n’a pas le droit de vanter les mérites d’Ajaccio, c’est ainsi, immuable, épidermique et éternel. Je ne vous décrirai donc pas les couchers de soleil flamboyants et sanguins baignant le golfe à l’heure où la boule de feu, rouge vif, plonge dans les eaux d’un horizon devenu incandescent. Je ne vous parlerai pas non plus des ruelles autour de la Maison Bonaparte, premier musée de Corse en nombre de visiteurs, maison qui caresse notre fantaisie dans un saut temporel vers un passé que l’on a du mal à imaginer aujourd’hui. Napoléon, ses frères et ses sœurs étaient là, ils courraient et jouaient certainement dans des ruelles uniquement animées par la vie du quotidien et non par les nuées de touristes comme aujourd’hui.



A l’époque, la fratrie ne pouvait connaître le nom de la place qui se trouvent à cent mètres à peine de leur maison familiale, la place Foch du nom de ce héros de la première guerre mondiale mais qui exhibe fièrement une statue fontaine de l’empereur se présentant en habit de Consul romain. Elle ne pouvait pas plus arpenter les rues, Bonaparte, Roi de Rome ou Fesch, ce cardinal, oncle de Napoléon, mécène et collectionneur incomparable dont une partie des collections ont été à l’origine de la création du musée municipale qui porte son nom. De la rue, en faisant face au musée, à droite de la cour, il y a la chapelle impériale dans laquelle reposent aujourd’hui encore certains membres de la famille, une visite émouvante, un rendez-vous avec l’histoire sublimée par l’atmosphère particulière que nous offre la crypte et la lecture des noms gravés sur les pierres tombales.

Et puis, on peut aussi sortir de la ville pour rejoindre le domaine des Milelli, maison de campagne de la famille Bonaparte, entourée de 12 hectares d’oliviers et de jardins à laquelle Charles, le père de famille tenait particulièrement, son fils, avant même d’être sacré empereur en fera « son cabinet de travail des Milelli ».

Pourquoi pas, aller encore plus loin, très haut sur les hauteurs de la ville et se rendre au château de la Punta érigé en mémoire d’un des plus grands ennemis de Napoléon, son lointain cousin et ancien ami, Charles-André Pozzo di Borgo, qui fut entre autres, ambassadeur de Russie en France.


Je ne vous dirai donc rien d’Ajaccio puisque dans le feuilleton de mes pérégrinations européennes, je ne consacrerai aucun épisode à Bastia et à son incomparable Place Saint Nicolas et à sa statue néoclassique de Napoléon. Je ne voudrais, à aucun prix, être considéré comme un traitre aux yeux de mes chauvins concitoyens bastiais.


À suivre…


Chroniques de voyages par Jacques Mattei


Apparaissent dans cet épisode : Ville d'Ajaccio - Cità d'Aiacciu, Maison Bonaparte Ajaccio, Palais Fesch Ajaccio, Ville de Bastia - Cità di Bastia.