Épisode 6 : Que la lumière soit et la lumière fut

Hrvatska verzija


Contrairement à l’Empereur qui n’a jamais honoré la Croatie de sa présence, j’ai eu l’occasion d’y aller à plusieurs reprises et je comprends aisément pourquoi Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, cet homme qui depuis l’épisode du siège de Toulon (1793) a gravi tous les échelons de la hiérarchie militaire dans le sillage de Bonaparte, est tombé amoureux de cette bande de terre unique par sa beauté. De simple petit lieutenant, il s’est hissé grâce à ce que l’on appelle aujourd’hui l’ascenseur social et le mérite, jusqu’aux titres de Maréchal et Pair de France. C’était là toute la force de Napoléon que de savoir reconnaitre parmi les invisibles, les talents qui lui seraient utiles et possiblement loyaux en toutes circonstances, des personnes sur lesquelles il pourrait assoir son autorité et encore plus son influence partout où le rayonnement de son pouvoir l’exigeait. L’amour de Marmont pour la Croatie le portera depuis Dubrovnik dont il sera Duc (Raguse, 1808) à mener de grands travaux institutionnels et infrastructurels, notamment par la création de voies de communication importantes.

Dans le premier épisode, je vous racontais l’origine de ma passion pour ces deux grands personnages de l’histoire que sont Pascal Paoli et Napoléon. La Croatie va me permettre d’exprimer ouvertement et concrètement une curiosité optimiste pour un troisième homme méconnu du grand public. Longtemps avant que son nom ne devienne la marque iconique de voitures électriques, Nikola Tesla, par son génie, nous a légué en héritage un patrimoine scientifique, économique mais aussi culturel qui fait, aujourd’hui encore, partie de notre quotidien sans que nous le sachions.

Dans les créations, les inventions de ce génie, c’est la volonté d’améliorer les conditions de vie de l’humanité et les modes de production qui a prédominé, l’appât du gain et l’enrichissement personnel ont toujours été pour lui des concepts inutiles, conviction qui hélas le conduira à finir sa vie, démuni et seul. Il est le principal concepteur du courant alternatif qui a permis de diffuser l’électricité sans limite de distances, contrairement au courant continu d’Edison qui ne fonctionnait qu’à proximité de sa source. Il est aussi à l’origine de la première ville entièrement électrifiée, Šibenik en Croatie grâce à l’implantation d’un générateur hydroélectrique sur les cascades du Parc National de Krka. Il procéda au même type d’installation sur les chutes du Niagara aux États-Unis permettant un développement industriel inédit.

La Croatie restera pour moi associée à un triste évènement familial de ma vie dont j’ai pris connaissance sur le chemin du retour lors de ma première visite en mai 2015.

Je n’oublierai bien sûr jamais cela mais ce pays a su se racheter en m’offrant des moments d’émerveillements éternels, dans les ruelles du palais dioclétien de Split, à Zagreb dont il faut mériter la découverte de ses beautés, mais aussi à Klis, dans la forteresse où les troupes napoléoniennes et les acteurs de Games Of Thrones ont foulé les mêmes pavés.

Que dire de Zadar et de son magique orgue des mers créé en 2005 par un architecte mélomane du nom de Nikola Bašić. Il convient de s’assoir sur les marches au bord de l’eau, à l’heure où le crépuscule prend le pouvoir sur la nature et se laisser aller à écouter le ressac des vagues qui, s’infiltrant dans les tubes de cet orgue invisible, crée, à son bon gré, des mélodies envoutantes et vraiment inoubliables.

Je ne pourrais ici relater tous les souvenirs que ce pays à uploadé à mon insu dans ma mémoire et de toute façon j’en oublierais, Karlovac, Rastoke, Ozalj, Gospić, Skradin, Smiljan mais aussi Orebic où s’est tenue l’assemblée générale de notre Fédération des Cités Napoléoniennes en 2016, nos autres villes membres Brela, Mali Losinj, Milna, Petrinja et Klis, autant de petits paradis qui hélas souffrent de la présence excessive de populations touristiques peu conscientes de la beauté qu’elles foulent au pied. Nous savons l’ampleur de la tâche que nous imposent les opportunités innombrables qu’offre ce pays au regard de l’Itinéraire Culturel certifié par le Conseil de l’Europe « Destination Napoleon » dont nous sommes les promoteurs, nous savons aussi les enjeux qui en cette période d’indécisions et de doutes touchent le monde entier, nous obligeant à mobiliser sans délais et sans détours nos capacités à réinventer les modèles économiques, sociaux, culturels et touristiques qui sans le savoir étaient déjà inéluctablement voués à l’échec. C’est avec une passion particulière que nous nous évertuerons, avec nos équipes et nos partenaires croates, avec Dubravka la coordinatrice de notre itinéraire dans le pays, à proposer et à promouvoir une approche ciblée autour de la qualification de la Destination Croatie basée sur une pratique de la culture, de l’histoire napoléonienne et de l’économie respectueuse des patrimoines matériels et immatériels de ce pays magnifique.

Pour ma part j’ai encore de nombreux endroits à visiter et je veux profiter du projet de renforcement de notre Itinéraire culturel en Croatie pour le faire, participer avec notre organisation à l’engagement de nombreux autres sites et municipalités, tisser du lien entre les territoires, y apporter des outils, des méthodes innovantes, définir des politiques en faveur d’un développement économique et touristique plus durable, autant d’occasions d’être réellement utiles pour ce présent contrarié mais aussi en faveur d’un futur plus équilibré et serein.


Je veux aussi me promener à pieds ou en VTT, à assistance électrique – je précise pour éviter les réflexions désobligeantes des langues malignes – sur cette incroyable route, créée sous l’impulsion de Marmont, encore appelée aujourd’hui « Route Napoléon » ou « Route des Français ». Elle longe la Dalmatie à mi-pente en surplomb de la mer, partant d’Obrovac, près de Zadar, jusqu’à Boka Kotorska au Monténégro sur plus de 400 kilomètres. L’expression la plus banalement utilisée « à couper le souffle » trouve ici son premier degré comme peut-être nulle part ailleurs.

Nous nous préparons à retrouver, dans quelques mois, à nouveau, ces côtes ourlées d’écumes adriatiques qui nous porteront, de nostalgies en nostalgies, d’ici vers le sud, jusqu’à Corfou et de Corfou à la douce et regrettée Athènes.


À suivre…


Chroniques de voyages par Jacques Mattei


Apparaissent dans cet épisode : Dubrovnik, Split, Trogir, Nikola Tesla Network, Krka National Park.